15 questions sur le métier d’auteur

1- Vouliez-vous devenir écrivain quand vous étiez petit ?

J’ai toujours écrit, mais je n’ai jamais voulu devenir écrivain. Il a fallu attendre dix-sept ans après la publication de mon premier livre pour que je décide d’en faire mon métier. Au mot « écrivain », que je trouve très intimidant parce qu’il renvoie aux « grands écrivains », « aux monstres sacrés » qui ont fait la littérature, je préfère celui d’« auteur ».

2- Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire des livres ?

L’envie d’écrire remonte à mes « années Primaire ». Très vite, j’ai commencé à jouer avec les mots. Je me souviens, dans un texte sur les poissons, de celui-ci : « il faut vivre avec son thon » ; et, dans un texte sur les fruits, de celui-là : « Clémentine a ramené sa fraise pour des prunes ».

couverture de la nouvelle édition

Trente ans plus tard, j’y ai repensé quand j’ai publié le premier de mes quatre
« polars parodiques », Le cachalot nage dans le potage, un roman dans lequel
je « laboure » le champ sémantique des animaux marins pour y semer mes jeux de mots.

Mon envie de publier, elle, est plus récente puisqu’elle remonte à l’époque où, embauché chez Nathan, j’ai (re)découvert la littérature jeunesse. Après avoir écrit mes premiers textes pour enfants, en 1997, je n’ai eu de cesse qu’ils ne soient publiés.

3- Quel est le titre de votre premier livre ? Quand l’avez-vous publié ?

Et si les poules avaient des dents ?, un livre paru chez Nathan et illustré par Éric Gasté. C’est un texte pour les tout jeunes lecteurs dans lequel je prends au pied de la lettre plusieurs expressions qui veulent dire jamais : ainsi, à la ferme de Léo, les vaches ont soudain des ailes, les poules des dents et les semaines quatre jeudis. Il a été publié en 1998, un peu avant mes trente ans. Il n’est malheureusement plus disponible : les livres aussi naissent et meurent !

 

4- Être écrivain, pour vous, c’est plus un métier ou une passion ?

Les deux ! Pendant les dix-sept années où j’ai travaillé chez Nathan comme éditeur, j’écrivais pendant mon temps libre : le soir, le week-end, pendant les vacances. C’était un deuxième métier que j’exerçais juste pour le plaisir. Maintenant que je consacre une grande partie de mon temps à l’écriture, que j’en ai vraiment fait mon métier, je ne sais pas si je travaille sept jours sur sept ou si je passe ma vie en vacances car le travail et le plaisir se confondent : être auteur est un métier qui me demande beaucoup de travail, et c’est un travail qui me procure beaucoup de plaisir.

5- Avez-vous d’autres passions que l’écriture ?

En dehors de l’écriture, je consacre pas mal de temps à la musique et au sport ; j’ai besoin de l’un et de l’autre. Côté musique, je joue de l’alto dans un quatuor à cordes depuis une quinzaine d’années. Côté sport, je n’ai ni le temps ni les partenaires pour continuer à jouer au foot, mais je me suis remis au tennis de table. J’aime beaucoup lire aussi – des polars, de la BD, des romans adultes et jeunesse –, aller au cinéma et au théâtre. J’ai évoqué ma passion pour la musique dans Le Violon et le Démon, et pour le football dans ma série En avant foot !

6- Quels sont les bons et les mauvais côtés du métier d’auteur ?

Parmi les bons côtés, il y a évidemment l’écriture, c’est pour ça qu’on fait ce métier ! Ce que j’aime le plus, c’est inventer des histoires, créer des personnages, jouer avec les mots… Il y a ensuite l’illustration. Les auteurs jeunesse, contrairement aux auteurs adultes, ont la chance de voir leurs textes illustrer. Pour ma part, je me réjouis d’avoir été associé à des illustrateurs talentueux dont j’ai pu apprécier le travail. Et puis, il y a la publication : le fait que son livre soit disponible en librairie et que tout le monde (en théorie !) puisse le lire. Quand on a déjà publié un texte, on a dû mal à envisager que les suivants ne soient pas publiés : on y prend vite goût ! Pour finir, il y a tous les à-côtés : les rencontres dans les classes et les ateliers d’écriture, les salons du livre,  les prix littéraires… qui réservent souvent à l’auteur de belles surprises.

Malheureusement, tout ne se passe pas exactement comme on le souhaiterait. Parmi les mauvais côtés, il y a la fameuse panne d’inspiration (ne pas/plus arriver à avancer sur son texte). Si cela m’arrive, je passe à un autre projet, je change d’univers. Quand je reprends le texte, l’envie d’écrire revient et les idées surgissent comme par magie. II y a les illustrations ratées (du point de vue de l’auteur). C’est très pénible pour un auteur de voir son texte illustrer par un illustrateur dont il n’apprécie pas le style ou la façon dont il s’est emparé de son texte ; ça un laisse un goût de fête gâchée. Personnellement, je n’ai pas eu à en souffrir. Il y a les critiques : si elles peuvent faire du bien, et encourager un auteur à persévérer, elles peuvent également être très blessantes : parce qu’un auteur s’investit beaucoup dans ses textes, même s’il vise les tout jeunes lecteurs. On a beau avoir de bonnes critiques sur un livre, on ne va retenir que celle qui est négative. Il y a aussi l’incertitude concernant la publication. Quelle que soit sa notoriété et les efforts qu’il a fournis, l’auteur ne sait jamais si le texte qu’il vient d’écrire sera retenu ou non par la ou les maisons d’édition à qui il a soumis son manuscrit. Quant au succès, il reste aussi très aléatoire. Enfin, il y a la rémunération. Les droits d’auteur (calculés sur les ventes) sont souvent très faibles, ils ne permettent qu’à très peu d’auteurs de vivre de leur plume. Si je prends l’exemple de mon roman, Qui veut le cœur d’Artie Show ?, l’éditeur me verse 5% de droits. Le livre valant 5,60 euros, je touche 26 centimes par exemplaire vendu. Pour pouvoir me payer un café grâce à mes droits d’auteur, il faut déjà que je vende huit livres !

La Charte, dont je fais partie, et d’autres associations se battent pour améliorer la rémunération des auteurs.

7- Où écrivez-vous ? À quel moment de la journée ? Combien de temps consacrez-vous à l’écriture ?

Depuis que je consacre l’essentiel de mon temps à l’écriture, c’est-à-dire depuis 2015, j’écris surtout à la maison, et plus précisément dans la cuisine, la pièce la plus lumineuse, qui donne sur mon petit jardin. Le problème, c’est que j’y suis soumis à toutes les tentations, coincé que je suis entre le placard à gâteaux et le réfrigérateur…

En réalité, toutes les occasions sont bonnes pour écrire : je prends facilement des notes dans les transports, surtout quand je suis amené à faire des déplacements. Selon les moments, je préfère le calme de la maison vide, quand mes enfants sont en classe et qu’il est facile de se concentrer, ou l’agitation d’un café, un lieu parfois très inspirant.

Je peux passer des journées entières à ma table de travail ou seulement quelques heures, selon mes contraintes mais aussi mon degré de forme et d’inspiration.

8- Travaillez-vous sur ordinateur ou sur papier ?

Je cherche volontiers des idées sur le papier, mais dès que je tiens quelque chose, j’aime le mettre au propre sur ordinateur (mes brouillons sont raturés de partout et couverts d’une écriture illisible !). Puis j’imprime ma production, l’annote, rentre les corrections sur ordinateur, et ainsi de suite. Il m’arrive d’écrire des textes entiers sur papier, des textes courts généralement, quand je suis momentanément privé d’ordinateur. En vacances, par exemple.

9- Quel est votre livre préféré ?

Je suis attaché à chacun des livres que j’ai publiés ; pour son sujet, les circonstances dans lesquelles je l’ai écrit, les rencontres que j’ai faites avant ou après l’avoir écrit… Mais j’ai quand même un faible pour certains de mes livres : Ali BlablaQui veut le cœur d’Artie Show ? ; Hercule, attention travaux ! ; La carotte se prend le chou et mes trois autres polars parodiques ; ma BD, Inspecteur Londubec

                 

10- Lequel de vos livres a eu le plus de succès ?

Qui veut le cœur d’Artie Show ? est à ce jour le livre qui a eu le plus de « succès », même si ce succès est tout relatif. Il s’est vendu à environ 20 000 exemplaires depuis sa parution, il a fait l’objet de bonnes critiques et il s’est vu attribuer plusieurs prix littéraires.

11- Où trouvez-vous votre inspiration ?

Dans ma poche ! Oui, je sais, la réponse n’est pas tout à fait satisfaisante, mais c’est une question très difficile ! Je dirais d’abord que la formule de l’inventeur américain Edison selon laquelle le génie serait « 1% d’inspiration et 99% de transpiration » s’applique assez bien à la création littéraire. On peut avoir une bonne idée, mais un livre, c’est surtout beaucoup de travail.

Si d’aventure la muse de l’inspiration vous rend visite une nuit, vous ne vous réveillerez pas le lendemain matin avec le texte dans la tête. Au mieux, elle vous aura soufflé l’idée du livre, mais ça ne suffit pas, l’inspiration, on en a besoin tout au long de l’écriture : pour inventer l’histoire, créer ses personnages, imaginer une scène, un dialogue…

L’inspiration, ce n’est pas non plus quelque chose qu’on attend passivement devant sa page blanche. Il faut la faire venir, l’attirer… Il n’y a rien de tel pour moi que de me donner des contraintes pour trouver des idées. Une expression, un jeu de mots m’ont parfois inspiré un livre – il faut bien que la muse s’amuse ! – comme Et si les poules avaient des dents ?, mon premier livre.

12- Vos histoires sont-elles tirées de faits réels, d’anecdotes personnelles ?

Deux de mes livres seulement s’inspirent de faits divers, et encore, très lointainement. Ce sont plutôt des clins d’œil : l’un à l’affaire Omar Haddad – un jardinier qui avait été accusé à tort d’avoir tué la dame qui l’employait – dans mon roman Le cachalot nage dans le potage ; et l’autre à l’affaire de Tulle – les lettres de dénonciation anonymes qui ont semé le désordre dans cette ville au début du siècle dernier – dans ma bande dessinée, Inspecteur Londubec.

Il m’arrive de glisser des allusions personnelles dans mes romans, mais c’est souvent très anecdotique : le prénom de mon amoureuse de primaire dans Hercule, attention travaux !, ma première boum dans Première boum badaboum, ma scolarité au collège Condorcet et mon voyage scolaire à Rome dans Qui veut le cœur d’Artie Show ? Si des anecdotes personnelles peuvent donc me fournir la matière d’une scène, c’est une matière brute que je dois transformer – embellir, raccourcir, arranger… – si je veux l’exploiter dans un livre.

13- Improvisez-vous au fil de l’histoire ou connaissez-vous la fin avant d’écrire ?

En général, je fais un plan. Je sais donc où je vais, et j’ai déjà en tête la chute du livre : la façon dont il se termine. J’évite toutefois de faire un plan trop détaillé de peur de ne plus trouver de plaisir dans l’écriture elle-même. Pour dire les choses autrement, j’improvise dans le cadre du plan que j’ai établi. Ça peut m’amener à ajouter des passages, voire des chapitres ou à modifier le plan ; à me laisser guider parfois par mes personnages !

14- Combien de temps passez-vous à écrire un livre ?

Cela dépend bien sûr des livres. Dans l’édition, on mesure la longueur d’un texte (le calibrage) en nombre de caractères (toutes les lettres, les signes de ponctuation et les espaces utilisés), et non en pages. C’est normal : selon la police et le corps de caractère utilisé, la taille et le nombre d’illustrations et la mise en page, le même texte occupera plus ou moins de pages. Bref, un album de 3 000 signes sera toujours plus rapide à écrire qu’un roman de 120 000 signes, ce qui ne veut pas dire que c’est facile d’écrire un album. Un auteur met plus ou moins de temps à écrire un texte selon le temps qu’il peut consacrer à son écriture. Quand j’étais éditeur chez Nathan, je ne pouvais travailler sur mes romans que pendant mon temps libre. J’ai mis plus de six ou sept mois à écrire Qui veut le cœur d’Artie Show ? Si j’avais pu m’y consacrer pleinement, j’aurais peut-être mis trois mois. Dans tous les cas, il faut du temps pour écrire un livre !

15- Est-ce facile d’être publié ?

Non, la publication, selon l’image consacrée, s’apparente plutôt à un parcours du combattant. Sauf exception, quand un auteur écrit un texte, même s’il a déjà publié, même s’il adresse son manuscrit à un éditeur avec lequel il a déjà travaillé, il n’a aucune certitude que son texte sera publié. Il commencera par attendre plusieurs mois, parfois un an la réponse de l’éditeur, qui reçoit beaucoup, beaucoup de manuscrits. La sélection est rude : en moyenne, sur les 1 000 manuscrits qu’elle reçoit par la poste ou par mail, la maison d’édition en retiendra un ; ça fait peu d’élus et beaucoup de déçus. Si la réponse est négative, tout n’est pas perdu : il faut persévérer et soumettre le manuscrit à d’autres éditeurs. D’ailleurs, rien n’empêche un auteur d’adresser son texte à plusieurs éditeurs à la fois. Toutefois, avant de l’envoyer, on a intérêt à s’être renseigné sur le catalogue de la maison d’édition (le type de livres qu’elle publie) : à quoi bon envoyer son texte d’album à un éditeur qui ne publierait que des romans. Autant ne pas donner le bâton pour se faire battre, ce n’est jamais agréable de voir son texte refusé. Mais quel bonheur quand l’éditeur vous appelle pour vous dire qu’il a beaucoup aimé votre texte et qu’il souhaite le publier !