Le portrait du lapin

Album, dès 5 ans
Éditions Didier, octobre 2020
Illustrations de Delphine Jacquot

 

 

 

 En deux mots :

Lapin a décidé d’envoyer son portrait à la belette qu’il courtise. Il va trouver son ami Cochon, qui lui conseille de s’adresser au peintre Renard :

– Toi qui connais bien le monde de l’art,
Pourrais-tu me conseiller un peintre (je veux une star !)
Capable de me représenter sous mon meilleur jour
Et d’inspirer à une belette de l’amour ?

– Sans hésiter, je te recommande le peintre Renard :
Ce grand maître est au sommet de son art.
Va voir Âne, qui expose la plupart de ses tableaux.
S’ils te plaisent, je te donnerai son numéro.

C’est décidé, maître Renard peindra son portrait. Hélas, quelque temps après, Lapin est déconfit en voyant le résultat, car sur la toile, il ne voit rien que du blanc. Impossible de l’avouer à ses amis qui le complimentent sur la belle facture du tableau. Alors peu à peu, il finit par se ranger à leur avis. Et pourtant…

     

 

Un texte en vers et un hommage à Andersen. Avec des illustrations géniales de Delphine Jacquot.

Prix Graoully 2021 (Metz)


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Quelques critiques sélectionnées en toute partialité

Pour convaincre Belette, une jeune actrice new-yorkaise plus que charmante, de le prendre pour époux, Lapin se met en tête de faire réaliser le meilleur portrait de lui, celui qui la fera immanquablement succomber. Son ami Cochon « qui connaît bien le monde de l’art », lui conseille d’engager le peintre Renard. Et même si lors de sa visite (désopilante) à la galerie, Lapin est plus que désorienté par les œuvres exposées, il fait confiance à son ami et à ce filou de Renard. Qui le fait d’abord poser nu, mais tarde à lui remettre son « œuvre »pour finalement livrer un tableau entièrement blanc ! Une réécriture brillante des Habits neufs de l’empereur d’Andersen, menée tambour battant, à quatre mains, à coup de quatrains rimés, d’illustrations denses et chamarrées et de clins d’œil assurés (« … à l’entrée, des gens s’extasient devant un urinoir signé Rat des Champs. Il faut le voir pour le croire ! »). Jouissif, caustique et coloré, ce récit d’un aveuglement collectif transposé dans l’univers de l’art contemporain, se trouve ici incontestablement dans son élément !

  • Une critique dans Télérama  du 5 au 11 décembre 2020 (spécial Noël)

Une jolie fable sur l’art, la ruse, la peinture … et la séduction car Lapin reçoit une lettre d’Amérique d’une actrice, Belette, qui cherche un époux.

Pour la séduire il se dit : “Tiens si quelqu’un peignait mon portrait ?!” ; et il cherche alors un peintre qui va le représenter.

Lapin est riche mais ne connait rien à l’art. Alors, il demande conseil à son ami Cochon.

Lapin se fait déposer en taxi à la galerie d’Ane où se presse le tout-Paris.

Dans ce monde d’initiés, il se sent perdu.

“Il croit reconnaître sur une peinture, une pipe. A en croire le titre, ce n’est pas si sûr !”
Il a l’impression d’être le dernier des crétins, vraiment il ne comprend rien à l’art contemporain.

Puis, il rencontre Maître Renard …

“Pour le portrait, ce sera 20 000 dollars.”
Il se fait peindre nu avec son chapeau, échappant ainsi à d’autres idées joyeusement saugrenues.

Voulant voir son œuvre, Lapin se fait mener en bateau par Renard. Ce dernier finit par le dévoiler :

“Tout est blanc ! Il ne voit pas le moindre lapin à l’horizon. Il ne sait pas quoi dire. Il ne dit rien.”
Ses amis courtisans trouvent le tableau très réussi. Lapin se sent rassuré, ce portrait devrait plaire à ma fiancée.

Or, Belette le recevant est perspicace :

“Ce tableau ne vaut pas un pet de lapin, mon ami. Ou vous vous moquez de moi ou on s’est moqué de vous. Dans les deux cas, je ne vous prendrai pas pour époux.”

C’est donc une fable pleine d’humour et de second degré sur le monde de l’art, son snobisme, la servilité devant les puissants, l’ignorance et le règne du paraître.

Delphine Jacquot est une artiste généreuse avec plein de références à Picasso, Duchamp, Miro, Magritte, Hokusaï, Monet, Malevitch, Mondrian, ce qui fait de cet album un cabinet de curiosités, et qui aiguise le sens critique des enfants avec humour.

Il était une fois un sieur Lapin qui vivait dans un manoir. Coup de théâtre, un matin, ce monsieur reçoit une lettre… d’Amérique ! C’est une jeune belette, une actrice qui souhaite l’épouser. Elle lui demande de répondre à sa proposition en lui envoyant son portrait. Ni une, ni deux, Lapin décide d’aller se faire tirer le portrait. Il demande conseil à son ami Cochon qui lui fait rencontrer Maître Renard… Un artiste très en vogue qui peint des tableaux très originaux… Lapin est circonspect… D’autant plus lorsqu’il découvre que Renard a peint un tableau monochrome blanc… Mais qu’importe, il ne connaît rien à l’art et tout le monde le félicite !

Avec Le portrait du lapin, Emmanuel Trédez nous propose une fable grinçante et cynique sur le monde de l’art et l’obsession du paraître. En effet, Lapin est un monsieur très riche mais qui ne connaît rien de rien à la peinture. Il va se faire rouler dans la farine par son ami Cochon et Maître Renard qui est un véritable escroc. Pour paraître « à la mode », par peur qu’on se moque de lui, Lapin accepte de payer « l’œuvre ». Tout est bien construit dans cet album, habile et fin. Le milieu mondain est particulièrement bien croqué, avec ses codes — ridicules —, son obsession de paraître « in » et la peur d’être mis sur le banc de touche.

L’auteur nous conte cette histoire comme une fable morale (ou finalement, on ne sait plus vraiment qui est le plus cynique…). Delphine Jacquot habille ce récit en rime de ses couleurs et de son style si particulier ! Ces illustrations sont superbes, précises et très détaillées. Elle nous plonge dans une ambiance très début du XXe siècle, Cochon est une sorte d’Al Capone, Maître Renard ne quitte jamais son feutre vert. C’est un hommage rendu à l’Art Moderne, puisque, l’illustratrice a glissé de nombreux indices au fur et à mesure des pages : là, on retrouve un oiseau représenté à la manière de Kiki de Montparnasse, ici un blaireau façon Picasso, là-bas un mobile à la Calder. C’est beau, foisonnant et stimulant pour nos yeux… On en redemande !  

  • Une chronique sur CanalB dans La crème de la crème (Allez, on lit !) par Soizic Le Bail (le 11 novembre 2020)
  • Un article sur le site  pagesdeslibraires.fr par Blandine Regreny (librairie des Halles, à Niort)

Pour séduire Belette, Lapin se met en quête de l’artiste qui fera de lui le portrait le plus seyant. N’étant pas un grand connaisseur en art, il demande conseil, visite une galerie très en vue mais reste perplexe face à la création contemporaine. Pourtant, son choix est fait : c’est Renard qui l’immortalisera sous son meilleur profil. On imagine à quoi ressemblera la prestation artistique onéreuse facturée au lapin ignare mais fortuné !

Pourtant, de même que cet album recèle de surprises, Lapin a plus d’un tour dans son sac. Tout est réuni ici pour que cet ouvrage séduise petits et grands : la fable avec sa morale, son côté absurde qui fera réagir les enfants, le texte tout en rimes à déclamer en famille, des références enrichissant la lecture pour les adultes… Mais c’est surtout le charme désuet de ces illustrations so british qui vous fera craquer !

  • Un article sur le blog  Lutin Bazar (le 20 janvier 2021)

La chronique littéraire du jour portera sur un album fraichement sorti, parfait pour se questionner sur le monde de l’art. Du texte aux illustrations, tout est délicieusement soigné et nous invite à nous plonger dans l’univers (truffé de détails et de références artisitiques) d’un Lapin… crétin ? Ça se discute !

Cet album est un puits sans fond !!
Des références à gogo, du second degré bien cynique comme je l’aime, des pistes de réflexion multiples… Whaou !

Commençons par parler du texte. Emmanuel Trédez nous conte l’histoire comme une fable. Par la forme déjà : disposé en strophes, entièrement en rimes. Par le fond ensuite : un sujet de société soulevant des questions profondes, un bestiaire complet, une fin surprenante… et bien que la morale ne soit pas clairement énoncée, elle se laisse deviner.
Le choix des personnages renforce les archétypes du renard ou de la belette… On pourrait à se sujet se questionner sur le fait que l’auteur aurait pu choisir un mouton, ou pourquoi pas un pigeon, plutôt qu’un lapin ; mais le lapin est un bien meilleur choix quand on connait la fin de l’histoire.

Parlons des illustrations ensuite : un trait fin, un beau travail sur les couleurs, des détails innombrables… des dessins à observer et fouiller pendant des heures.

Enfin, parlons conjointement du texte et des illustrations. Car c’est une véritable complémentarité qui les lie. Lorsque le texte nous parle d’un “blaireau dont les deux yeux ne sont pas au même niveau et le museau est complètement déformé”, l’illustration nous plonge directement dans une oeuvre digne de Picasso.
Les références artistiques sont d’ailleurs nombreuses (Magritte, Picasso, Miro, Mondrian, Duchamp…) et amenées avec beaucoup d’humour, ce qui ne gâche rien ! Autre exemple de complémentarité texte/images : ce sont les illustrations qui viennent donner au lecteur la véritable nature des occupations de renard, alors qu’il avance verbalement des excuses fort valables pour ne pas livrer le tableau.

Ce livre est une critique du monde de l’art et de la société de consommation à lui seul.
C’est à la fois extrêmement drôle et particulièrement triste.
Le personnage de Lapin, qui se laisse convaincre qu’une toile blanche est une oeuvre d’art parce que “tout le monde” est de cet avis. Les “amis” de Lapin qui seraient prêts à dire n’importe quoi pour être invités à sa table ; ou qui n’hésitent pas à le rouler dans la farine pour lui soutirer de l’argent. Les personnages dont on ne parle même pas mais qu’il suffit d’observer dans la galerie : les yeux ronds, plus hypnotisés par le buffet que par les oeuvres accrochées au mur.

Je ne peux m’empêcher de rapprocher ce livre d’une pièce de théâtre qui fut une révélation pour moi lorsque j’étais jeune : Art, de Yasmina Réza.
À lire absolument si le sujet vous intéresse. Ou à voir, tellement bien jouée par Fabrice Luchini, Pierre Arditi et Pierre Vaneck. (fin de la parenthèse)

Le livre est affiché pour les 5-8 ans. Je dirais qu’on peut aisément le travailler jusqu’à 10 ou 12 ans tant il y a à lire et à dire. Le format généreux (27 x 30 cm) est d’ailleurs tout à fait adapté à une exploitation en classe.

On pourra engager des discussions poussées avec les enfants de cycles 2 et 3, à partir de questions autour des autres et du libre arbitre : Les amis sont-ils toujours de bon conseil ? Faut-il se ranger à l’avis de la majorité ? Qu’est-ce qu’avoir une opinion ?…

L’exploitation de cet album pourra aussi être davantage tournée vers l’art au sens propre : l’art du portrait et les types de poses à travers le temps (poser nu, poser sur un destrier), les grands artistes…

Un travail sur les expressions peut également être mené. Celles-ci pourront être relevées directement dans le texte (Ne pas valoir un pet de lapin…) ou trouvées par extension (Tel est pris qui croyait prendre, Rouler dans la farine…).

Vous me lisez toujours ?! Allez je m’arrête.
Foncez chez votre libraire ! Le portrait du lapin est… une oeuvre d’art !