Parution : Le marteau du bricolage

Début octobre paraissait, au Castor astral, Le Marteau du bricolageDans ce recueil de textes humoristiques pour adultes, je décris une quarantaine de fous, tous bons pour l’asile : l’allumé des jeux vidéo, la malade des médicaments, la mordue des toutous, la ravagée de la chirurgie esthétique, le siphonné de la plomberie, le timbré de la philatélie, le toqué de la gastronomie, la tordue du yoga..

 

Pour faire la « promotion » de ce livre, j’ai donné de ma personne en me mettant dans la peau de plusieurs de ces fous et en prenant la pose. Voici quelques extraits de ce livre ainsi que les photos associées :

Le marteau du bricolage

Cadre commercial dans une multinationale de l’outillage, Benoît Decker subit au fil des ans une pression de plus en plus grande.
— Chaque soir, j’ai la tête prise dans un étau, le cœur qui part en vrille, l’estomac qui me tenaille, a-t-il confié au médecin du travail. Mon chef me serre trop la vis. Il prétend que mes tableaux ne sont pas d’équerre et que mes analyses ne valent pas un clou. Il va finir par me rendre marteau !
– Vous pourriez faire une formation, suggère le médecin. Pour vous mettre à niveau…
– À quoi bon ? Je n’arriverai jamais à percer !
Depuis des semaines, Benoît Decker n’a qu’une envie, prendre la clé anglaise, car la vis est ailleurs.

La mordue des toutous

Monique Latruffe n’en démord pas, elle veut un chien. Cette fois, elle tombe en arrêt devant un teckel. Le pauvre a été abandonné sur la route des vacances, et comme elle a une niche en vacance…

Quelques années plus tard, voilà que son teckel – je le dis tel quel – se fait écraser par une voiture. Il a traversé la rue ventre à terre – comme toujours – à la poursuite d’une voiture qui lui rappelait celle de son ancien maître. Elle le revoit encore, gisant sur le macadam, étalé de tout son long – c’est peu de le dire… Monique Latruffe a un mal de chien à en faire son deuil.

De nouveau, elle retourne à la S.P.A. Cette fois, elle a un coup de foudre pour un caniche. Un farceur, toujours prêt à faire des niches. Elle l’inscrit à des concours, elle espère en faire une star, mais il manque de chien. Un jour, alors qu’il sort bredouille d’un énième concours, il se retrouve face à un rottweiler. Les deux chiens se regardent en chiens de faïence. Soudain, pris d’un coup de sang, le rottweiler lui saute à la gorge et le taille en pièces. Le pauvre caniche n’aura pas droit à sa photo dans les journaux, pas même dans la rubrique des chiens écrasés.

Par bonheur, depuis deux ans, son shitsu lui apporte les médailles que le caniche n’avait pas su gagner : la chienne s’y entend à faire la coquette dès qu’il s’agit de gagner ses croquettes. Forcément, elle la caresse dans le sens du poil, elle la gâte. Trop, disent certains.
– Elle passe tout à son toutou.
– Elle le couvre de cadeaux, son cabot.

La maniaque de l’ammoniaque

Vêtue d’un tablier et coiffée d’une charlotte, les deux mains gantées de latex, la maniaque de l’ammoniaque part au front avec son balai et son seau rempli d’un détergent ammoniaqué. Voilà des années, elle a déclaré la guerre aux microbes, et par Saint-Marc, elle les boutera hors de chez elle ! Dans la cuisine, la salle de bains, le salon, les combats font rage. Avec ardeur, elle époussette, essuie, astique, savonne, lessive, détartre, désinfecte, désodorise… La maniaque de l’ammoniaque ne ménage pas sa peine lorsqu’elle fait le ménage !
En entrant dans la cuisine, le matin, à peine réveillée, Odette Hergent commence par donner un grand coup d’éponge sur la table qu’elle avait pourtant nettoyée la veille au soir. Allez lui dire que la toile cirée est bien assez propre comme ça, elle vous fera un coup de calcaire. Son mari a depuis longtemps jeté l’éponge (mais elle en a d’avance !).
Un jour, alors qu’elle s’attaque aux vitres du salon, elle prend soudain conscience de la vacuité de sa vie :
– Je pense, donc j’essuie !
Son existence se résume-t-elle à quelques coups d’éponge ?

Le dingo du dico

Le dictionnaire offre au touriste de la langue le plus merveilleux des voyages. De page en page, il s’arrête, le temps d’une escale, sur un mot pour en lire la définition : les mots s’expliquent par des mots et renvoient à d’autres mots qui ont la même origine, des sens ou des sonorités voisines, voire identiques…
De ses voyages dans le dictionnaire, il rapporte des centaines de mots. Il collectionne les mots comme d’autres collectionnent les émaux. Dans son cabinet de curiosités verbales, on trouve par exemple des noms de figures de rhétorique : anacoluthe, catachrèse, homéotéleute… Des noms si bizarres que le capitaine Haddock lui-même, dans Tintin, n’hésite pas à s’en servir comme jurons.
Sans dédaigner tout à fait les mots usuels, il préfère de loin les mots que personne ne connaît ou n’emploie. Il aime les mots compliqués, bizarres ; les mots imprononçables, à l’orthographe alambiquée, que le commun des usagers de la langue ne sait pas orthographier – au hasard, rhododendron, ornithorynque, immarcescible, résipiscence, callipyge, amphitryon – ou prononce mal. En somme, le dingo du dico a, à l’égard des mots, le snobisme du routard qui fuit les destinations touristiques.

Suzette Alanis est barmaid dans un bar branché […] Ce n’est pas toujours facile pour une femme d’être derrière le bar, la nuit. Son patron l’a d’emblée mise en garde contre les tenues provocantes. Ce qu’elle n’a pas très bien pris.
– Je m’habille comme je veux, l’a-t-elle prévenu.
– T’énerve pas, je me faisais juste la vodka du diable.
Le plus souvent, elle porte un gin. Mais ça n’empêche pas les allusions déplacées. Suzette Alanis ne déteste pas se faire draguer, mais cointreau n’en faut !

Ce soir-là, il y a un type au bar qu’elle ne peut pas saké. Marty, il s’appelle. Depuis tout à l’heure, son petit haut noctiluque attire comme un aimant les yeux de ce pervers nyctalope. Elle vient de lui servir son troisième TGV – tequila, gin, vodka – le cocktail qui te torche à grande vitesse. Mais l’alcool n’a fait que l’enhardir. Bientôt, ça lui ne lui suffit plus de la reluquer, il faut qu’il lui cause. Qu’il lui parle tout bas de son petit haut. Il est plus collant que du scotch.
– Mais t’es qui, là ? Lâche-moi la grappa ! J’suis pas ta sherry !
– Oh, c’que tu peux être mezcal !
– Picon, va !
Croyez-vous que ça l’aurait calmé. Voilà qu’il commence à l’insulter.
Au premier cri, le grand-marnier accourt. Un type du genre bayleys, le videur !
– Que se pastis ? C’est le monsieur qui t’embête ?
Suzette hoche la tête.
– Il est complètement bourré, précise-t-elle.
Ce que Marty nie, bien sûr.
– J’ai rien bu qu’un malibu !
Le videur raccompagne vigoureusement le pochtron vers la sortie.
– Suze aux tocards ! commente la barmaid.

Il est maintenant 5 heures. C’est le moment que Suzette Alanis préfère : Campari s’éveille…

Le fou de foot

Marc Chauvin est accoudé au bar. Sur le comptoir, le journal L’Équipe et un ballon. Un ballon de rouge. Marc, pantalon noir, chemise blanche, a donné rendez-vous à une inconnue rencontrée sur Internet !
La voilà qui entre sur le terrain, jupe blanche, et corsage rouge, sous les sifflets du public (une poignée de malotrus). Aussitôt, elle se dirige vers Marc : elle a repéré le journal sur le comptoir. C’est elle qui engage la conversation.
– Bel homme, la quarantaine ? demande-t-elle à Marc.
Le crâne dégarni et la bedaine du quadragénaire l’ont fait hésiter.
– Laura sexy ? s’enquiert-il à son tour.
Le serveur les installe à une table. C’est parti pour 90 minutes ! Marc se lance à l’attaque. Il explique que jusqu’ici, il a sacrifié sa vie amoureuse à sa carrière et qu’il compte bien inverser les priorités.
– Pendant toutes ces années, sur le terrain, j’ai mouillé le maillot. Tout ça pour quoi ? Pour qu’un collègue me taille un short et que mon chef me mette sur la touche ! Je suis dans une mauvaise passe, mais je compte bien rectifier le tir.
Laura saisit la balle au bond.
– Bienvenue au club ! Moi aussi, je me suis fait sévèrement tacler !
Mais la jeune femme n’est pas là pour parler boulot. Elle cherche un partenaire démarqué et, avec Marc, elle voudrait savoir si ça matche.

La ravagée de la chirurgie esthétique 

Les opérations se succèdent, les esthètes tiquent.
Les ravagés de la chirurgie esthétique ne savent pas résister à la tentation de corriger les imperfections de leur corps, qu’il s’agisse de réparer les injustices de la nature ou les outrages du temps. Au bout de quelques années, de fil en aiguille, ils se retrouvent recousus de partout. Pour le meilleur ou pour le pire.
Qui plus est, chaque opération est une somme : faire disparaître ses « ailes de chauves-souris » coûte un bras, se faire retirer les poches des paupières inférieures… les yeux de la tête, et recourir à la liposuccion pour retirer la graisse superflue de son postérieur… la peau des fesses.
Combien d’hommes et surtout de femmes se retrouvent ruinés… dans tous les sens du terme !?
Les maths ne sont pas son fort, mais Frankie Stein n’a jamais reculé devant une opération. Elle a tout essayé : son corps et son visage sont toujours en chantier. Comme les maisons des Grecs.
Après s’être fait raboter le nez, elle décida de se faire rembourrer les nénés. Pour plaire à son Jules. Entre parenthèses, le temps de se retrouver sur le billard et Jean-Pierre l’avait quitté. C’est René qui profita de ses nouveaux appas.
Elle se mit en quête d’un spécialiste.
– Je cherche un bon médecin pour augmenter mes deux seins.
On lui conseilla le bien nommé docteur Robert. Sous l’action de son scalpel, nombre d’actrices et de chanteuses étaient devenues des gros bonnets du showbiz.
– Je voudrais davantage d’avantages, lui expliqua-t-elle, pudiquement.
Elle sortit de la clinique avec une facture aussi exorbitante que la poitrine.
– Quand j’ai fait le chèque après ma première opération mammaire, se rappelle-t-elle, j’ai pleuré ma mère !

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