Parution : Le hibou n’est pas manchot

Il y a quelques jours est paru Le Hibou n’est pas manchot. C’est le quatrième « polar parodique » que je publie chez Nathan, mais mon premier grand format.

Le basculement du marché de la littérature jeunesse vers le grand format au détriment du poche, qu’on observe depuis quelques années, ne laisse pas de m’étonner à l’heure où les familles auraient plutôt tendance à se serrer la ceinture.

L’explication tiendrait au fait qu’en publiant un roman en grand format, l’éditeur offre au texte un bel écrin et valorise ainsi l’œuvre et le lecteur. Le livre devient précieux, la lecture un moment précieux… Et puis, face à l’enjeu de la lecture, les parents regardent peut-être moins à la dépense. Si ça fait lire les ados !

Mais revenons à nos moutons, à nos oiseaux plutôt. Car tous les personnages du Hibou n’est pas manchot sont des oiseaux.

C’est un des principes de mes polars parodiques : tous les personnages font partie d’un univers bien précis (les fruits et les légumes dans La Carotte se prend le chou, les animaux marins dans Le Cachalot nage dans le potage, les petites bêtes dans L’Araignée est une fine mouche) à l’exclusion de tous les autres. Ils sont anthropomorphisés mais conservent certaines caractéristiques des espèces qu’ils représentent.

taxi_-_pt_ft-129bfLa distribution des rôles est liée aussi au champ lexical : aux expressions dont telle espèce fait l’objet (« être un aigle », « se lever avec les poules » ou « chanter comme un rossignol »), aux jeux de mots ou de sons que leur nom peut m’inspirer. Car c’est une des « marques de fabrique » de ces romans. Un exemple ? Si la commissaire est une oie, c’est parce que j’ai anticipé ce que va dire l’inspecteur Archie Duc au moment où il coince le coupable :
– Au nom de l’oie, je vous arrête !

Pour finir, chacun de ces romans est un recueil de 4 ou 5 nouvelles : des textes courts qui mettent en vedette le personnage de l’enquêteur (le détective Achille Carotte, la superhéroïne Superspider, l’inspecteur Archie Duc…).

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Si le principe d’écriture est commun à ces quatre romans, les personnages sont très différents et les histoires variées. Dans Le Hibou n’est pas manchot, l’inspecteur Archie Duc va tour à tour enquêter sur…
– l’assassinat d’une cantatrice à l’Opéra, dans Le dernier chant de l’alouette ;
– le cambriolage d’une bijouterie, dans Le dindon y laisse des plumes ;
– le meurtre du grand-duc lors d’une réception dans son château, dans Le grand-duc tire sa révérence ;
– enfin une affaire de dopage, dans Scandale aux Œufs olympiques.

Outre un format de lecture confortable, ce livre offre un grand nombre d’illustrations. Elles sont signées Baptiste Amsallem et sont vraiment très drôles.

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Pour marquer l’événement, Nathan a décidé de rééditer au même moment La carotte se prend le chou, et de donner un air de famille à ces polars.

L’éditeur a particulièrement soigné les couvertures : elles sont à la fois très belles et accrocheuses. J’ai appris il y a peu la bonne nouvelle : Le Cachalot nage dans le potage et L’Araignée est une fine mouche, actuellement en rupture de stock, devraient être rééditées en grand format début 2017.

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Parution : La carotte se prend le chou

 

cv_carotte_ne-a4eb7À l’occasion de la sortie de mon dernier « polar parodique »Le Hibou n’est pas manchot, Nathan a décidé de rééditer La Carotte se prend le chou en grand format. Lisa Mandel, qui avait illustré la version poche,
a décliné l’offre de Nathan de réillustrer ce titre. C’est Éric Meurice qui s’y est collé, et il a fait des merveilles !

 

Voici nouveau look du détective Achille Carotte…

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… et voilà Simon le Melon qui colle une châtaigne à Louison le Citron…

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Mate un peu l’ananas…

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Charlie Brocoli, William la Poire et Johnny le Radis…

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… et le groupe The Cereals sur scène.

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Parution : Le Génie de la bouteille de lait

Quelques années après Le Génie de la bouteille de ketchup, que j’avais publié chez Hatier – un titre hélas épuisé ! –, je publie ces jours-ci une autre histoire de génie chez Bayard ; cette fois, notre génie se niche dans une bouteille de lait.

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Pas facile, décidément, de trouver un génie à la hauteur, capable d’exaucer les vœux de ses « bons maîtres » : le premier génie était d’une incroyable mauvaise foi, celui-ci est sourd comme un pot : il comprend tout de travers !

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Ce texte s’inscrit dans la collection de lecture à deux voix de Bayard, Tu lis, je lis, qui permet au jeune lecteur de lire les dialogues tandis que l’adulte (ou le grand frère) lit le récit.

Comme tous les autres titres de la collection, il a été « testé et approuvé » par des enseignants : l’histoire et le vocabulaire sont bien adaptés au niveau de lecture d’un enfant de CP.

Le hasard fait que c’est Yves Calarnou qui l’illustre, quelques mois après avoir déjà illustré un autre de mes textes chez Bayard, dans Pomme d’Api. Sympa !

Illustrateurs, je vous aime !

cv_fantome_chateau-ea644Douze ans après Le Voleur de clés,cv_mystere_au_zoo-efeda  chez Magnard, Maud Riemann vient d’illustrer ma série Mes premières enquêtes, dont les deux premiers tomes, Le Fantôme du
château
 et Mystère au zoo, viennent de paraître chez Auzou. Son style a évolué – Le Voleur de clés était son premier livre –, mais j’apprécie toujours autant son travail. Encore une victime de (la) Maud ! L’occasion de lui rendre hommage ainsi qu’aux 35 autres illustrateurs (à ce jour) qui ont illustré au moins un de mes textes.

Ce ne doit pas être agréable pour un auteur de voir son texte illustré par un illustrateur dont il n’apprécie pas le travail. Et réciproquement pour un illustrateur d’illustrer à contrecœur un texte qui ne le touche pas ou ne le fait pas rire. Si l’illustrateur peut décliner l’offre du graphiste qui le contacte au nom de la maison d’édition, l’auteur, lui, n’est pas toujours consulté sur le choix de l’illustrateur. Et quand il est consulté, il n’est pas toujours en position de rendre un avis négatif. Cela dépend des maisons d’édition, de l’expérience et de la notoriété de l’auteur, ainsi que des relations que l’auteur a nouées avec l’éditeur. Je ne sais pas comment aurait réagi Maya, mon éditrice chez Auzou, si j’avais eu des réserves sur le choix de Maud. Je me plais à penser qu’elle m’aurait donné gain de cause : Maya est très à l’écoute de ses auteurs. Mais la question ne se posait pas.

Pour les romans jeunesse, une fois que le texte est maquetté, l’illustrateur entre en scène et l’auteur se retire. Sauf exception, à aucun moment, ils ne seront mis en contact et amenés à échanger autour du livre. Le contact pourra s’établir plus tard, à l’occasion d’une séance de dédicaces par exemple, mais pas pendant la production. On peut trouver ça dommage, frustrant, mais tout bien réfléchi, c’est peut-être mieux comme ça. Qui sait jusqu’où peuvent aller les demandes de correction d’un auteur pointilleux !?

Normalement, quelques semaines, quelques mois après que la maquette a été envoyée à l’illustrateur, l’auteur reçoit les crayonnés. Il fait alors ses remarques à l’éditeur qui les transmet, avec les siennes, au graphiste chargé de faire le retour à l’illustrateur. À moins que l’éditeur ne soit en relation directe avec l’illustrateur. L’auteur ne reçoit pas toujours les crayonnés. Parfois, il les reçoit trop tard pour demander les corrections qui lui paraissent pourtant indispensables. Pas de problème pour Mes premières enquêtes : j’ai eu les crayonnés en temps et en heure, j’ai fait mes remarques à l’éditrice et Maud n’a pas rechigné à faire les corrections importantes lors de la mise en couleur.

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Au-delà de Maud Riemann, j’estime avoir eu de la chance avec mes illustrateurs, jugez plutôt : Marc Boutavant, Benjamin Chaud – lorsqu’ils ont illustré mes livres, ils n’étaient pas encore les stars qu’ils sont devenus, et depuis, malheureusement, je n’ai plus croisé leur route ! Un jour, peut-être ? –, Frédéric Rébéna, Lisa Mandel, Magalie Le Huche, Laurent Audouin, Roland Garrigue, Robin, et bien d’autres… Oui, on peut dire que j’ai été gâté !

 C’est avec Clément Devaux (l’heureux papa d’Anatole Latuile) que j’ai le plus collaboré : il a illustré les six tomes de ma série En avant foot !, remis en avant à l’occasion de l’Euro 2016. Mais comme pour Mes premières enquêtes, nous avons travaillé chacun de notre côté. La seule véritable expérience de collaboration que j’ai eue, c’est avec Stéphane Nicolet lorsqu’il dessinait notre BD, Inspecteur Londubec. Un souvenir inoubliable !

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Voir son texte joliment, drôlement, intelligemment illustré, cela fait partie, pour moi, des grandes satisfactions de l’auteur jeunesse. Une satisfaction qu’il paye cher, puisque l’auteur et l’illustrateur doivent se partager les droits du livre, sachant que les taux de droit en jeunesse sont déjà loin d’atteindre ceux qui sont pratiqués en littérature générale. Mais passons…

Mon petit plaisir a longtemps été d’acquérir des illustrations originales de mes livres. J’en ai acheté certaines, d’autres m’ont été très gentiment offertes par les illustrateurs. C’est un plaisir devenu rare à l’heure où beaucoup d’illustrateurs travaillent sur ordinateur, au moins pour la mise en couleur. Pas sûr de pouvoir, par exemple, me procurer une illustration originale de Maud Riemann, hélas !

Parution : Les réseaux sociaux, comment ça marche ?

PETGQUESTION_COUVCORRIGÉE-V13012016 Les réseaux sociaux, comment ça marche ? vient de sortir chez Fleurus et c’est un petit événement pour moi : après avoir été éditeur de livres documentaires pendant plus de 15 ans, je publie avec ce livre mon premier doc en tant qu’auteur ! Jusque-là, je m’étais interdit d’écrire du doc. Pour ne pas mélanger le travail et le plaisir. Et puis, dédiant déjà beaucoup de temps aux documentaires, je n’avais pas une envie folle de m’y replonger après le travail, je préférais de loin écrire de la fiction. Il y a un an, lorsque j’ai quitté mon poste d’éditeur chez Nathan, la règle a changé. Et quand Fleurus m’a proposé d’écrire ce livre sur les réseaux sociaux, je n’ai pas hésité un instant, j’ai dit oui. J’ai ainsi renoué avec le livre documentaire, mais cette fois avec la casquette de l’auteur.

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On pourrait s’étonner que ce livre s’adresse à des enfants de primaire ou de début de collège alors même que ces élèves ne sont pas censés être sur les réseaux sociaux, les principaux réseaux leur étant accessibles seulement à partir de 13 ans. En réalité, comme j’ai pu le constater en visitant de nombreuses écoles, beaucoup d’enfants dès le CM2 (parfois le CM1) sont sur Instagram, Snapchat ou Facebook, parfois à l’insu de leurs parents, et échappant en grande partie à leur contrôle.

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Cet ouvrage est destiné à tous les enfants qui se posent des questions sur les réseaux sociaux, qu’ils pratiquent déjà ou qu’ils soient tentés de s’y mettre. Il s’agit de leur faire découvrir les possibilités des réseaux sociaux – sans faire de prosélytisme car ils sont encore bien jeunes pour s’inscrire –, mais aussi de les alerter sur les dangers, petits ou grands, qu’ils présentent – sans pour autant les diaboliser. En bref, de leur donner les bonnes pratiques à adopter pour utiliser les réseaux sociaux à moindres risques.

Les illustrations de Halfbob qui accompagnent le texte sont vraiment bien senties. Bravo à lui !

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Écrire ce livre sur un sujet inédit pour cette tranche d’âge m’a passionné. Je me suis beaucoup documenté, j’ai interrogé des enfants, consulté des spécialistes, je me suis inscrit sur certains réseaux pour les découvrir de l’intérieur, j’ai beaucoup travaillé les textes, essayant à chaque page de trouver le ton juste et le bon angle pour m’adresser à mes lecteurs. On verra si j’y ai réussi.

Et si ce livre permettait aussi à des parents, désemparés, d’aborder la question des réseaux sociaux avec leurs enfants ?

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Parution : Des rébus pour papa

cv_rebus-ac37cAprès Le violon et le démon et Attention, livre méchant !, je viens de publier mon troisième « petit roman » chez Oskar : Des rébus pour papa.

Curieusement, ces trois livres ont un lien avec mon père. De là à en déduire que je ferais bien d’aller m’allonger sur le premier divan venu et de m’épancher sur la figure paternelle, il n’y a qu’un pas !

Le premier livre, sur le violon, renvoie à mon éducation musicale : quand à sept ans, j’ai été condamné au « violon forcé ». Heureusement, des années plus tard, j’ai fini par y prendre goût, et aujourd’hui je ne pourrais plus me passer de jouer du violon (de l’alto pour être précis).

Le second, sur la lecture, met en scène un personnage de grand-père qui emprunte un peu à mon père et le caricature (gentiment), faisant de lui un homme exigeant et maladroit dans ses relations avec ses petits-enfants.

Des rébus pour papa évoque l’attaque cérébrale de mon père, il y a plusieurs années. Raconter la réaction naïve de cet enfant (Lancelot) qui fait vœu de silence jusqu’à ce que son père guérisse et, en attendant, communique par des rébus est une façon d’exprimer mes propres sentiments face à l’épreuve de la maladie et un témoignage d’amour filial, que la pudeur m’a peut-être dissuadé de donner dans la vraie vie.

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Si la maladie est la toile de fond de l’histoire, le texte en soi est très ludique : il repose sur les rébus par lesquels Lancelot communique avec ses parents, la maîtresse ou ses copains. Il montre les difficultés de l’enfant à traduire (vite) sa pensée sous forme de rébus, et les arrangements et les détours qu’il faut faire pour être compris.

À la fin du roman, le vœu de Lancelot s’est réalisé : son père est sur le chemin de la guérison. Mais pas question de renoncer aux rébus pour autant : il y a pris goût ! Comme le lecteur, je l’espère, s’il lit ce livre. Car :

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Autrement dit, c’est top les rébus !

Parution : Inspecteur Londubec

couv_londubec-ff417Le 10 octobre sort ma première bande dessinée en tant que scénariste, Inspecteur Londubec / La cigogne marche sur des œufs. Cet album, dont voici la couverture, je l’ai dédié, outre à mes enfants, à Tchi-tchi et à Stéphane.

Tchi-tchi (Éric Catarina), je l’ai rencontré pendant mes études. Notre amitié s’est nouée autour d’un projet d’exposition de planches originales de BD – qui n’a finalement pas vu le jour – et de retrouvailles régulières, tous les deux ans, à Angoulême… pour le festival. Vingt ans plus tard, après une première vie professionnelle, Éric a réalisé l’un de ses rêves : créer une maison d’édition de bandes dessinées sur sa terre d’adoption, l’Alsace : les Éditions du Long Bec.

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Stéphane Nicolet, c’est en tant qu’éditeur, chez Nathan, que j’ai fait sa connaissance il y a quelques années. Sur chacun des projets que je lui ai confiés, Ton livre à dessiner, inventif « atelier de dessin », Youpi, oups, beurk et Zizi lolos smack, deux albums documentaires ludiques, drôles et sensibles, respectivement sur les émotions et la sexualité, sans parler des trois titres de notre nouvelle collection de culture générale, Les Concentrés, il m’a impressionné par son intelligence, son ouverture d’esprit et sa capacité à se renouveler.

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Quand Éric m’a proposé d’écrire un scénario pour lui et que, ce scénario lui ayant plu, il m’a demandé de lui suggérer un dessinateur, j’ai pensé à Stéphane, même s’il n’avait jamais fait de BD.

Moi-même néophyte en matière de bandes dessinées, j’ai décidé de m’appuyer sur un genre dans lequel je me sentais à l’aise, le polar parodique animalier, pour en avoir écrit plusieurs chez Nathan (deux romans jeunesse, Le Cachalot nage dans le potage et L’Araignée est une fine mouche), mais en visant un public ado / adultes.

Au démarrage du projet, la diffusion était censée être limitée à l’Alsace*. C’est pourquoi le héros de mon histoire est une cigogne : l’inspecteur Londubec, un clin d’œil à la maison d’édition. Une idée m’est venue rapidement : faire enquêter sur un trafic de bébés. Je savais déjà qu’à la fin de l’histoire, la cigogne ramènerait à ses parents, soulagés, le dernier bébé enlevé par les malfrats, emballé dans un baluchon, comme dans l’imagerie populaire !

* La diffusion est finalement nationale, l’éditeur ayant changé son fusil d’épaule.

corbeau-14486Cela dit, dans cet album, l’inspecteur est surtout confronté à une sombre histoire de lettres anonymes,comme dans l’affaire de Tulle, dans les années 1920, qui a marqué les esprits. C’est ce fait divers qu’a repris Cocteau dans sa Machine infernale en 1932, puis Clouzot dans son Corbeau en 1943. Cette bande dessinée en est également une adaptation lointaine.

canardo-12560En me lançant dans cette BD policière avec des animaux anthropomorphes, je ne pouvais pas ne pas penser aux deux références du genre que sont, pour les amateurs de BD, Inspecteur Canardo, de Sokal, et Blacksad, de Canales et Guardino. Curieusement, je n’ai lu qu’un ou deux albums de Canardo et de Blacksad et, je l’avoue, je n’ai pas particulièrement accroché : dans les deux cas, je n’ai pas été captivé pblacksad-6690bar le scénario. Question de goût ou de circonstances… En revanche, je paierais cher pour une planche originale de l’une ou l’autre série. Avec un petit faible pour Blacksad !
Mais revenons à notre cigogne… Tandis que ces maîtres de la BD se sont attachés àrestituer l’atmosphère sombre, voire glauque des films noirs américains des années 1950, j’ai plus fait le choix de l’humour que du polar.

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Ma marque de fabrique, si j’ose dire, ce sont les jeux de mots. Une fois encore, je m’en suis donné à cœur joie, allergiques aux calembours, s’abstenir ! Et cela, dès le casting des personnages : du journaliste Lafouine au banquier, un écureuil, en passant par le facteur Cheval, les rôles ne sont pas distribués au hasard. Ci-dessous, le père Castor, perché sur sa chaire, et au premier plan, une de ses paroissiennes, une grenouille de bénitier…

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Quant à l’inspecteur Londubec, malgré le climat délétère qui règne à Trifouilly, il a toujours le mot pour rire et un alexandrin pour chaque circonstance. Comme celui-ci alors qu’il se trouve en fâcheuse posture :

Souffrez qu’un Alsacien près de perdre la vie 
déguste sa dernière choucroute garnie !

Si l’histoire se passe à une époque indéterminée, je fais quelques allusions à l’actualité de ces dernières années, comme les scandales de la viande avariée reconditionnée ou des prothèses mammaires défectueuses.

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Je glisse également de nombreuses références à des personnages, des films ou des livres qui ont marqué ma jeunesse : Popeye, Hulk, Cyrano de Bergerac, les Fables de La Fontaine, Tintin et le secret de la Licorne.

Voici, sur une planche assez représentative de l’album, la façon dont nous avons travaillé, Stéphane et moi.

Sur la base d’un séquencier, validé par l’éditeur, j’ai écrit le scénario. Le scénario, ce n’est pas seulement l’histoire, c’est un document qui donne le découpage planche par planche, et pour chaque planche, case par case, de la future bande dessinée. Le dessinateur y trouve tout ce qu’il faut pour attaquer les dessins : pour chaque case, le plan préconisé (gros plan, plan moyen…), la description de la case (les personnages que l’on voit, si besoin la façon dont ils sont habillés, ce qu’ils font, le décor…), le récitatif éventuel (ce petit texte qui précise par exemple l’heure et le lieu), enfin les dialogues.

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À partir de ces indications, Stéphane propose une esquisse de la planche (des crayonnés rapides). Parfois, il suggère d’ajouter ou de supprimer une case, de cadrer telle case autrement, de couper du texte dans telle autre. À ce stade, nous sommes aussi très attentifs au sens de lecture des phylactères (les bulles). Pas toujours facile de les positionner dans la case !

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Une fois que nous nous sommes mis d’accord sur les corrections de texte et de dessin, Stéphane passe à l’encrage et à l’ombrage (le fait de poser les ombres sur les personnages et les décors). Au début du projet, il avait suggéré des phylactères sans cerné et des lettres minuscules pour les textes. Pour se rapprocher de la BD classique, l’éditeur lui demandera de revenir aux phylactères avec cerné et aux capitales.

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Enfin, c’est la mise en couleurs. Stéphane se fera un peu aider pour « livrer » ses planches dans les temps.

 

À propos des prix littéraires

Bonne nouvelle, je viens tout juste de recevoir le prix Escapages (niveau CE2) pour mon livre Hercule attention travaux !, paru chez Nathan en 2012, et c’est le dessin de Robin (ci-dessus), spécialement réalisé pour la cérémonie de remise des prix, qui m’a donné envie de consacrer un article aux prix littéraires. Je ne croule pas sous les trophées, mais j’en ai reçu assez pour en parler en connaissance de cause…

Parmi les romans jeunesse que j’ai publiés, Hercule, attention travaux ! est celui qui a été le plus récompensé – pour sa première édition à La Joie de Lire (prix du Gayant Lecture, prix des Enfants de Montmorillon…) comme pour sa réédition chez Nathan (prix des Embouquineurs, prix Escapages) –, et ce n’est pas un hasard !

Je veux dire par là, que ce livre, indépendamment de ses éventuelles qualités littéraires, se prête bien à la prescription et aux sélections : c’est un récit vivant, facile à lire, découpé en nombreux chapitres et qui renvoie à la mythologie gréco-romaine. Du pain béni pour les enseignants !

Tous les romans jeunesse ne sont pas sur un même pied d’égalité face aux prix. Au risque d’enfoncer quelques portes ouvertes, pour qu’un ouvrage soit primé, il faut déjà qu’il soit sélectionné – le thème y est pour beaucoup, léger ou grave, peu importe s’il y a de la variété dans la sélection – et pour cela, qu’il soit connu des organisateurs, et donc promu auprès d’eux par la maison d’édition. Ce n’est pas le cas de tous les livres qui paraissent, loin s’en faut !

Le vote des enfants dépend lui aussi de nombreux facteurs comme le thème, la longueur et la difficulté du texte – selon les prix, Hercule, attention travaux ! a été sélectionné pour le CE2, le CM1 ou le CM2 –, la qualité des illustrations, l’humour… Des lecteurs moyens auront tendance à préférer les textes courts et « joliment » illustrés, comme le mien. Tout ça pour dire qu’un prix littéraire ne récompense pas nécessairement le livre le plus original ou le mieux écrit puisque d’autres critères rentrent en ligne de compte. J’ajoute que la qualité littéraire d’un roman, n’en déplaise aux critiques, reste subjective…

Cela étant dit, je serais malhonnête si je prétendais que le prix Escapages, qui m’a été décerné par les jeunes Castelroussins, ne m’a pas fait plaisir ou ne m’a pas flatté.

Dans un marché du livre jeunesse caractérisé par la surproduction et la « best-sellerisation », où seuls émergent quelques livres parmi des milliers de nouveautés, c’est extrêmement réconfortant pour un auteur « normal » de savoir que son livre est lu, étudié, discuté, le temps d’une année, par quelques centaines ou milliers d’enfants. Si le livre est primé, c’est que l’auteur a su toucher ses lecteurs. Voilà qui est encourageant et lui donne envie de persévérer. Il aura une petite pensée pour son éditeur qui se voit conforté dans son choix par ce prix littéraire, aussi modeste soit-il.

Les élèves ont parfois la chance de recevoir, dans leur classe ou à la bibliothèque, l’auteur en chair et en os, celui qui, cette année-là, plus que tout autre, les a fait trembler, rire, pleurer. L’auteur, généralement, ne boudera pas son plaisir, lui qui a, en cet instant, l’aura du lauréat. C’est un privilège pour lui de rencontrer ses lecteurs. Car ce sont eux qui le font exister.

Pour conclure, je joins un extrait du texte que j’ai écrit pour la cérémonie de remise des prix Escapages – allusion à la « loi des rimes » qui règne dans l’école d’Hercule –, ainsi que le dessin, particulièrement réussi, de Robin.

Après de longs conciliabules 
Et de savants calculs, 
Le prix est attribué à Emmanuel Machin-Bidule 
pour son sympathique opsucule 
sur les travaux d’Hercule. 
Et maintenant, place aux bulles ! 

 

Parution : Qui veut le cœur d’Artie Show ?

cv_artie_show-2-4ed7bParmi la trentaine de livres que j’ai publiés, il y en a quelques-uns dont je suis particulièrement fier. Et Qui veut le cœur d’Artie Show ?, à paraître le 10 avril, fait partie de ceux-là.

Le point de départ de ce texte est une discussion avec mon éditrice : c’est elle qui m’a demandé de réfléchir à un livre qui mêlerait différentes formes littéraires (le journal, le roman épistolaire…).

Entre parenthèses, pour moi, c’est la situation d’écriture idéale. Certes, l’Éditeur ne s’engage pas – il faut que je fasse mes preuves, et c’est normal –, mais il y a une réelle opportunité de publication à la clé. Et la contrainte formelle est un puissant moteur de la création.

Très vite, j’ai décidé de lorgner vers le roman policier, de situer l’action dans un collège et, pour relever le défi de mon éditrice, de mêler au moins récit, journal intime, et lettres. S’y ajouteront plus tard des articles de journaux.

– Les lettres, ce sont des lettres d’amour envoyées par un mystérieux « serial lover » à plusieurs filles du collège, et portées à la connaissance des élèves. Elles sont écrites en vers – le serial lover espère ainsi faire forte impression aux élues de son cœur ! – et empruntent à différentes formes poétiques (acrostiche, calligramme…).

– Les articles sont l’œuvre des quatre journalistes en herbe qui se lancent sur la piste du serial lover. Ils rendent compte des avancées de l’enquête dans le journal du collège qu’ils viennent de créer.

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– Quant au journal intime, c’est celui que tient le serial lover tout au long de l’enquête, livrant ses états d’âme au lecteur qui ne découvrira son identité qu’à la fin du livre. Suspens garanti !

Pour ce roman, j’ai eu droit à une maquette aux petits oignons. Chaque type de texte a sa typographie, voire sa mise en page dédiée (poèmes, unes de journaux). Ainsi, le lecteur passe sans se perdre du récit au journal intime, d’une lettre d’amour à un article. Les illustrations, très réussies, sont signées Glen Chapron.

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Je terminerai par la touche autobiographique, je me suis inspiré de quelques épisodes de ma propre scolarité au collège Condorcet (à Paris) : en particulier la rédaction d’un journal du collège, que j’avais justement intitulé Le Petit Condor sait, et un séjour à Rome en classe de cinquième…

Parution : Attention, livre méchant !

cv_livre_mechant-05779Un an après Le violon et le démon, je viens de publier un deuxième livre chez Oskar Jeunesse, Attention, livre méchant ! Dans ce petit roman pour les 8-10 ans, deux enfants, qui passent un dimanche à la campagne chez leur grand-père, tombent sur un livre magique et subissent ses mauvais traitements.

Ces deux livres ont en commun l’irruption du fantastique dans le quotidien : dans le premier, un démon, qui se cache sous les traits d’un luthier, tente d’acheter les âmes des violons égarés, dans le second, un livre magique, qui ne supporte pas qu’on le lise « mal », bat les mauvais lecteurs.

Tous les deux aussi ont un caractère autobiographique. Le violon et le démon renvoie à mon propre apprentissage de la musique, à ma frustration d’adolescent de faire du violon quand je rêvais de faire du sport, à ma honte de jouer du classique quand mes camarades ne juraient que par la variété ou le rock, aux longues heures passées à pratiquer un instrument que je n’aimais pas assez pour consentir ces sacrifices, aux auditions que je détestais tellement que je me serais entaillé le doigt pour y échapper… Je suis même passé à l’acte ! Depuis quinze ans environ que j’ai goûté aux joies du quatuor à cordes – en tant que violoniste d’abord, puis en tant qu’altiste –, je sais gré à mes parents d’avoir tenu le cap. Leurs efforts – et les miens ! – ont été récompensés !

Attention, livre méchant ! aborde, lui, la question des relations entre un grand-père et ses petits-enfants. Ce sujet me tient particulièrement à cœur car mon grand-père paternel a beaucoup compté dans ma vie. Et quand mes enfants sont nés, j’espérais secrètement qu’ils trouveraient en la personne de mon père un grand-père du même acabit. Pas si simple, l’art d’être grand-père n’est pas à la portée de tous !

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La ressemblance du grand-père de mon livre, Bernie, avec mon père, Bernard, n’est pas fortuite ! Mais loin de moi l’idée de le stigmatiser dans ce livre. Il faut plus voir dans certaines des répliques de Bernie des clins d’œil à mon père – ou à mon grand-père – que des critiques. C’est ainsi, je crois, qu’il a lu le texte. D’ailleurs, il n’y a pas de quoi s’offusquer d’apparaître sous les traits de ce grand-père maniaque et maladroit alors qu’il devient un « superpapi » à la fin de l’histoire – un grand-père pouvant en cacher un autre ! –, et qu’il est le dédicataire de mon roman ?

Ce n’est pas la première fois que j’introduis dans mes livres des éléments autobiographiques, m’inspirant pour tel personnage de quelqu’un que je connais, quitte à le travestir sous d’autres traits, décrivant des lieux ou des objets familiers… Et pourquoi pas ? Ces emprunts à mon propre univers n’enlèvent rien à l’histoire. Cela dit, s’ils sont neutres pour la plupart des lecteurs, ils peuvent interpeller mes proches qui me prêtent parfois des intentions que je n’avais pas ou croient se reconnaître ou reconnaître quelqu’un derrière tel personnage. Tout est sujet à interprétation !

Ainsi, d’aucuns s’étonnent que le père de mes deux héros n’apparaisse pas dans le livre et s’interrogent : cela cacherait-il quelque chose ? Qu’on se rassure, rien d’autre que le choix de ne pas encombrer ce court récit de personnages secondaires. Au lecteur de décider si le père est en déplacement ce dimanche-là, s’il n’a pas envie d’aller voir sa belle-famille ou si les parents sont séparés… Il en est de même pour le grand-père qui, pour les mêmes raisons, est veuf ou séparé. Quant aux deux héros, ils n’ont rien de commun avec mes propres enfants !

Livre fantastique, livre sur les relations d’un grand-père et ses petits-enfants, Attention, livre méchant ! est aussi un livre anti-sexiste !

La polémique du moment sur la « théorie du genre » redonne un coup de projecteur sur la production de l’éditeur Talents hauts, chez qui j’ai notamment publié Alex l’extraterrestre. Lorsqu’un extraterrestre du nom d’Alex arrive à l’école, les élèves n’arrivent pas à savoir s’ils ont affaire à une fille ou un garçon : ni son physique, ni son prénom épicène – porté indifféremment par les filles ou les garçons – ne leur donnent d’indications sur son sexe. Pour en avoir le cœur net, ils vont donc émettre des hypothèses en s’appuyant sur son caractère et sur ses goûts, que l’on attribue communément pour les uns aux filles, pour les autres aux garçons.

De la même façon, dans Attention, livre méchant !, je m’amuse à prendre le lecteur en flagrant délit de sexisme : Sacha et Camille sont aussi des prénoms épicènes – certes, Sacha est moins couramment donné aux filles –, et une fois encore, ce sont les goûts, les comportements, les caractères des deux héros – et la longueur de leurs cheveux ! – qui vont piéger le lecteur lorsqu’il projettera ses propres représentations des filles et des garçons sur les deux personnages. Quant à moi, j’ai fait en sorte de ne pas me trahir en employant malencontreusement les marques grammaticales du féminin pour évoquer Sacha et Camille.

Un dernier mot sur les illustrations. Elles sont dues au talentueux et non moins sympathique Roland Garrigue. J’ai eu la chance de travailler avec lui, en tant qu’éditeur chez Nathan, sur le singulier Livre des trous, en 2005 – l’un de ses tout premiers livres –, puis sur Aïe, prout, atchoum, en 2009.